50 ans de street art – la rétrospective du genre venu de la rue.

50 ans de street art - la retrospective

Le Street Art est un art urbain qui a vu le jour aux États-Unis, à la fin des années 60. Pourtant, dans les années 1910, les murs de la Russie avaient déjà été le support de fresques témoignant de la colère du peuple et de ses revendications. Certains spécialistes de l’art contemporain, ont poussé la réflexion sur ses origines plus loin. Ils se sont demandé si l’art pariétal n’était pas l’ancêtre du Street Art.

Les artistes rattachés à ce style d’expression, se répartissent en deux catégories. Il y a d’abord, les authentiques, ceux qui n’ont pas froid aux yeux et qui s’intéressent à bomber les trains. D’un autre côté, il y a ceux qui s’attaquent plutôt aux murs. Quel que soit le support utilisé, le Street Art est considéré comme un délit. Dégradant l’espace et les biens publics, il fait l’objet de controverses. L’interdit attirant toujours les plus aventureux, cette facette a joué un rôle important dans son ascension.

Une rétrospective du Street Art

Du graffeur à la bombe traditionnelle du métro new-yorkais jusqu’aux Street artistes d’aujourd’hui, l’art de rue a beaucoup évolué. Les rues ont vu passer une panoplie de réalisations. Certaines, n’ont pas manqué d’impressionner les passants et de les pousser à la réflexion.

L’explosion de style et d’expressions différentes

Au départ, les créations prenaient, essentiellement, la forme de graffitis writings. Cela a bien changé depuis. En effet, différentes formes d’expression artistiques ont vu progressivement le jour. Selon le support ou le matériel utilisé, la créativité ou le message de l’artiste, une floraison d’œuvres a diverti les piétons.

Pour faire simple, les créations peuvent être réparties en deux catégories. Celles qui utilisent des matériaux ou des techniques innovantes et celles qui utilisent un support original.

Évolution des techniques de graffitis

Au fil des années, les Street artistes n’ont pas cessé de développer leur méthode de travail. La technicité et les matériaux se sont développés pour leur permettre d’aboutir à des réalisations de plus en plus originales, parfois même surprenantes.

Les pochoirs

Apparus dans les années 80, à Paris, les pochoirs urbains ont commencé à prendre la place des graffitis new-yorkais. À l’aide d’une bombe et d’une plaque préalablement découpée selon le motif désiré, l’artiste va apposer sa création sur un mur, sur du mobilier urbain ou sur n’importe quel autre support. Miss. Tic, l’une des icônes de ce mouvement, s’amusait à accompagner les images de jolies jeunes femmes d’un petit jeu de mots.

Les stickers

Le stick art a l’avantage de la précision et la discrétion. L’artiste peaufine son œuvre et vient coller son autocollant, ni vu ni connu. Cette alternative est intéressante pour les plus frileux. Les chercheurs de sensations fortes, par contre, n’y trouvent pas leur compte. Le Street Art peut devenir une sorte d’addiction où l’artiste a besoin de son rush d’adrénaline pour créer.

Les trompe-l’œil

Certains artistes à la technicité irréprochable, arrivent à concevoir des trompe-l’œil époustouflants. Certaines illusions d’optique 3d, comme celles de Peeta, peuvent perturber les sens et l’équilibre de ceux qui les croisent. Déstructurer les façades des bâtiments est le jeu favori de cet italien.

Les morceaux de céramique de Space Invaders

Dès 1996, Space Invaders, a marqué une nouvelle étape du Street art en utilisant de petits carreaux de céramique et du ciment afin d’exprimer son art. Le pionnier du Street Art en forme de mosaïque, aime qu’on l’appelle l’Artiste Vivant Non Identifié.

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Space Invaders

Le Pixel Art, directement inspiré de la culture pop a commencé par envahir la métropole avant de toucher toute la planète. Au départ, les œuvres reprenaient uniquement les figurines du jeu d’arcade Space Invaders (d’où le nom de l’artiste). Depuis, les contenus se sont diversifiés.

Le reverse graffiti

À l’opposé des techniques classiques de Street Art, le reverse graffiti implique que l’artiste efface le contenu d’un support pour faire apparaître sa création. Zevs est à l’origine de ce projet.

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Zevs et son karcher

Durant son mandat en tant que Maire de Paris, Jean Tiberi a mis en place un dispositif anti-graffitis. En riposte à cette compagne de lessivage, Zevs a intelligemment décidé de s’armer d’un karcher pour produire ses belles œuvres. Ainsi, il a commencé à enjoliver les salissures sur les murs tournant à l’absurde la compagne.

Les graffitis phosphorescents

Toujours en opposition à cette même compagne de nettoyage des rues, Zevs a réalisé des graffitis fluorescentsInvisibles en journée, ses œuvres se dévoilaient à la ville, une fois la nuit tombée.

Le tricot Graffiti

Le tricot urbain ou le Yarn Bombing, est une variante du Street art, qui habille le mobilier urbain. Cette technique, à base de fil, rend la rue moins impersonnelle et plus accueillante. L’empaquetage de l’arc de triomphe, peut-il être considéré comme une déclinaison de ce mouvement ?

Originalité des supports

Certains artistes, à la créativité certaine, ont utilisé des supports inédits. Cela a permis à leurs créations de susciter l’intérêt des plus réfractaires à l’art de rue.

Les détournements des affiches

Zevs a révolutionné cet art contemporain en défendant ses idéaux. Grand opposant au capitalisme, il s’est attaqué aux affiches publicitaires. Les visages et les corps des modèles furent criblés de balles rendant les publicitaires fous de rage. Leur colère, les incita à payer les agents de sécurité pour protéger au mieux leurs affiches.

Allant encore plus loin dans son idéologie, Zevs a carrément « kidnappé » l’affiche de l’égérie de Lavazza dans le cadre de son projet « Visual Kidnapping ». Il est allé jusqu’à réclamer une grosse somme pour rançon ! En attendant d’être payé, il a passé 4 ans à faire voyager la dame en carton d’un pays à un autre.

Le détournement des logos

En 2006, et toujours dans le même esprit, Zevs initie le projet « Liquidated Logos ». Il s’engage alors à liquéfier les logos des plus grandes marques. Cela lui aura valu 2 semaines de prison lorsqu’il a perdu son procès face à Chanel. Aujourd’hui Zevs expose dans les 4 coins du monde.

Des crottes de chien comme support

Du jour au lendemain, les New-Yorkais ont été surpris de découvrir des excréments de chiens dorés, un peu partout. Selon Gold poo NYC, l’auteur de cette forme d’art, tout ce qui brille n’est pas or, et très souvent, c’est de la merde. Les gens sont juste trop superficiels pour s’en rendre compte. En France, c’est à Carcassonne que les flâneurs ont été surpris de croiser des cœurs rouges tagués sur les étrons de chiens. Utilisant le même support, CHO s’applique à entourer les excréments qui le croisent d’une craie blanche et de les surmonter d’un drapeau. Il signe, toujours, en mentionnant la date.

La reconnaissance du Street Art

Il a fallu la moitié d’un siècle à ce jeune art graphique pour être reconnu comme tel. Malgré son illégalité et grâce à son succès croissant, l’art de rue a pris une ampleur renversante.

Les festivals de Street art, lieu de rencontre des artistes les plus connus et de découverte des nouveaux talents sont devenus un rendez-vous incontournable des dessinateurs. Parmi les festivals les plus populaires en France, on retrouve le Mister Freeze, le Street Art Fest’, le Calligraff’it…

Les galeries les plus prestigieuses, et même les musées s’emparent des œuvres les plus populaires. Ce phénomène a renversé les codes de l’art urbain. D’ailleurs, les rues assistent à la disparition progressive des Street artistes qui s’exposent de plus en plus.

Face à ce phénomène, certains sceptiques se demandent si cette contre-tendance est un signe de reconnaissance ou d’une boboïsation de cet art populaire.

Les figures emblématiques du Street Art

Après ce petit tour d’histoire, il est important de rendre hommage aux éminents artistes du domaine. Voici une liste (non exhaustive) des peintres de rue les plus célèbres, présentés selon l’ordre chronologique de leurs succès.

• 1976- Basquiat

Fils d’un père violent et d’une mère atteinte d’une maladie mentale, à 16 ans, Jean-Michel Basquiat quitte la maison familiale pour vive dans les rues de Brooklyn. Très rapidement, il se met à créer des cartes postales et des tee-shirts personnalisés pour survivre. C’est dans ces conditions, qu’il rencontre Al Diaz. Avec ce graffeur, Basquiat va marquer les esprits par le célèbre tag SAMO©. Ils accompagnaient ce dernier d’une critique de la société.

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Basquiat

En 1979, Jean-Michel met fin à ce projet en signant Death to SAMO. Artiste underground polyvalent, il sera aussi bien apprécié pour sa musique que pour ses peintures, qui seront exposées dans différentes galeries célèbres. Sur le plan intime, on lui attribue une idylle turbulente avec Madonna et une amitié iconique avec Andy Warhol. La relation entre les deux hommes a été également fructueuse sur le plan artistique. En 1988, il succombe à une overdose à l’âge de 27ans.

• 1979- Epsylon Point

Né en 1950, Epsylon Point est un artiste peintre français et un touche-à-tout. Serial voyageur, il s’intéresse à la guitare, à la mécanique des avions et aux BD. Diplômé d’expression artistique, il est aussi performant en Street Art qu’en peinture sur toile. On peut, régulièrement, admirer ses créations au pochoir à la galerie du jour Agnès B.

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Epsylon Point

• 1984- JonOne

La carrière de John Andrew Perello décolle à la création du groupe 156 All Starz. Ce groupe a été formé avec deux de ses acolytes, aux états unis. Né à Harlem en 1963, Jonone s’expatrie en France, en 1997. Il facilite ainsi l’exportation du groupe à travers le monde. maîtrisant différentes techniques (pointillisme, acrylique, expressionnisme abstrait…), il libère, rapidement, son expression et se distingue des graffeurs de son époque. Ses œuvres hautes en couleur dégagent une énergie facilement identifiable.

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JonOne

• 1981- Blek le Rat

Fondateur du mouvement du pochoir, Xavier Prou commence par représenter des petits rats sur les murs parisiens. Le choix de ce petit rongeur vient du fait qu’il s’agit d’un acronyme du mot ART. Avec le temps, ses réalisations évoluent. Elles sont motivées par l’envie de rendre l’art accessible aux gens de la ville. Dans les années 2000, l’artiste français prend conscience de son pouvoir en tant qu’artiste et commence à bomber des contenus plus engagés (soutien à Florence Aubenas lors de sa captivité en Irak, soutiens aux sans-abri…).

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Blek le rat

• 1988- Futura

Source d’inspiration pour les artistes, Leonard Hilton McGurr, roi du graffiti abstrait, crée en 1988 son personnage célèbre le Pointman. Le succès fut tel que des figurines à son effigie furent conçues. Ces dernières sont le résultat d’un co-branding entre Medicom, Nike, Levi’s et Bathing Ape.

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Futura et un graff « abstrait »

Le groupe de Rock, The Clash fut tellement inspiré par les créations de Futura, qu’il le convie à bomber les murs des scènes sur lesquelles il performe. Par ailleurs, Futura est, lui aussi, un chanteur comme Basquiat. Les deux artistes ont exposé avec Andy Warhol.

• 1997- M. Chat

Thoma Vuille est le dessinateur franco-suisse du célèbre chat jaune. À travers le grand sourire de son minet, Thoma cherche à répandre l’optimisme. Inspiré du dessin d’une petite élève, le félin a été créé en 1997. En 2003, l’artiste décide de lui rajouter des ailes. On peut retrouver ce chat en acrylique dans différentes villes du monde.

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M. Chat

• 2000- Banksy

Artiste anonyme anti système, Banksy utilise principalement le pochoir pour exposer ses idées. Celles-ci peuvent être aussi bien politiques et engagées qu’humoristiques. Malgré les différentes théories quant à l’identité de cet artiste, le flou demeure. Pour éviter les fraudes, Bansky a désigné la société Pest Control, comme l’unique, autorisée à reconnaître ses œuvres.

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Banksy

• Début des années 2000- Vhils

Le Street artiste portugais, Alexandre Farto, s’inscrit dans la mouvance Reverse Graffiti puisqu’il sculpte les pierres des bâtisses en ruine. Ce génie emprunte les outils des ouvriers du bâtiment et sculpte principalement des portraits. Ces créations poétiques ont été exposées dans plus de 30 pays.

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Vhils

• 2004- JR

Adepte du collage photographique, Jean René est un artiste contemporain français, né en 1983. Vu la spécificité de sa technique, son art est imprégné d’humanisme. Il a travaillé sur de nombreux projets à travers le monde. Les plus marquants sont face2face (photos d’Israéliens et de Palestiniens exerçant les mêmes métiers) et Women are Heroes (il y rend hommage aux femmes). JR a raflé de nombreuses récompenses malgré des critiques acerbes pour sa soi-disant démagogie.

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JR

• 2005- Bom K

Bom. K est un Artiste français monstrueusement doué et torturé à l’humour noir. En 1999, avec deux de ses camarades, il monte le collectif Da Mental Vapor. Très rapidement, le groupe s’agrandit et participe à de nombreuses expositions à travers le monde.

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Bom K

En 2005, il dévoile son style particulier. Ses créations sont d’une précision chirurgicale et révèlent des monstres. Ces créatures, mi-humaines, plongent les spectateurs dans un univers anxiogène et cauchemardesque.

• 2009- War !

Ce guérillero masqué est d’origine française. Même s’il protège son anonymat pour éviter les poursuites, il dévoile une grande partie de son inspiration et de sa personnalité sur son site. Amoureux de la nature et des animaux, il s’évertue à les représenter sur les murs de la ville. En 2009, il s’arme d’une grande perche et d’un masque et décide de passer ses nuits à enjoliver les rues.

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War !

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